Claude Monet · 1876

La Japonaise

Camille Monet, un spectaculaire costume rouge, seize éventails et une mise en scène volontairement théâtrale : comment lire cette icône du japonisme parisien sans la réduire à son décor ?

Huile sur toile231,8 × 142,3 cmMuseum of Fine Arts, Boston

Réponse rapide

Que représente réellement La Japonaise ?

Peinte en 1876, l’œuvre montre Camille Doncieux, première épouse de Monet, dans un costume japonais rouge richement brodé. Elle tourne le corps vers le spectateur, lève un éventail pliant et se détache devant un mur couvert d’éventails japonais.

Ce n’est ni le portrait ethnographique d’une femme japonaise, ni une scène prise au Japon. Camille porte une perruque blonde qui souligne au contraire son identité européenne. Monet construit une Parisienne déguisée, au milieu d’objets importés devenus très à la mode.

Le tableau fut exposé en 1876 sous le titre Japonerie. Son éclat célèbre la puissance de la couleur et des motifs, tout en jouant avec le goût parisien pour le Japon. Aujourd’hui, il invite aussi à examiner la manière dont l’Europe transformait une culture étrangère en spectacle et en marchandise.

1876présentation à la deuxième exposition impressionniste
16éventails en papier disposés sur le mur du fond
1956entrée du tableau au Museum of Fine Arts de Boston

Lecture guidée

Cinq détails pour comprendre le tableau

Les repères permettent de lire la mise en scène sans répéter l’image. Chaque élément affirme à la fois l’attrait du Japon et la présence très consciente d’une Parisienne.

La Japonaise, Camille Monet en costume japonais, peinte par Claude Monet en 1876 12345
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La perruque blonde

Camille était naturellement brune. La blondeur rend son identité occidentale immédiatement visible et empêche de confondre le déguisement avec un portrait japonais.

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L’éventail tricolore

L’éventail tenu en hauteur associe bleu, blanc et rouge. Ce rappel des couleurs françaises transforme subtilement « la Japonaise » en Parisienne.

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Le guerrier brodé

La figure armée paraît s’animer dans les plis du vêtement. Le mouvement de Camille donne presque un second corps à ce personnage spectaculaire.

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Le rouge du costume

Les rouges, les ors et les verts multiplient les changements de matière. Monet peint moins une surface lisse qu’un relief de broderies, de soie et de lumière.

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Le mur d’éventails

Les seize uchiwa flottent comme des images découpées. Ils suppriment la profondeur traditionnelle et font du fond un écran décoratif très actif.

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Le modèle derrière le rôle

Camille Monet, bien plus qu’une silhouette

Camille Doncieux pose pour Monet depuis le milieu des années 1860. Dans une cinquantaine de tableaux, selon le MFA, elle apparaît successivement comme élégante, compagne, mère, promeneuse ou figure de la vie domestique.

Camille en robe verte par Claude Monet en 1866
1866 · Salon

Camille en robe verte

Dix ans avant La Japonaise, Monet impose déjà Camille dans un portrait grandeur nature où le vêtement, le mouvement et le profil structurent toute la scène.

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Camille Monet sur un banc de jardin par Claude Monet
Vie privée

Sur un banc de jardin

Le décor quotidien, l’attitude assise et la lumière naturelle éloignent Camille du rôle spectaculaire construit pour l’exposition de 1876.

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Madame Monet brodant, Camille au métier, par Claude Monet
1875 · intérieur

Camille au métier

La concentration silencieuse de la brodeuse contraste avec le sourire, la torsion et le regard frontal de la figure costumée.

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Nénuphars et pont japonais dans le jardin de Claude Monet à Giverny

Après la japonerie

Du costume au jardin de Giverny

La Japonaise utilise encore des objets japonais comme signes visibles et immédiatement reconnaissables. Deux décennies plus tard, l’influence devient moins théâtrale : Monet conçoit son jardin d’eau, son pont arqué et ses cadrages en dialogue avec les estampes qu’il collectionne.

La comparaison montre une évolution importante. En 1876, le Japon est mis en scène dans un intérieur parisien. À partir de 1899, le pont, l’eau, les reflets et l’absence d’horizon participent directement à la construction du paysage.

Le vêtement

Kimono, uchikake ou costume de théâtre ?

Le terme « kimono » suffit dans le langage courant, mais le vêtement représenté ressemble davantage à une lourde robe de dessus spectaculaire. Le MFA indique que Monet possédait plusieurs costumes théâtraux japonais et que Camille semble poser dans l’un d’eux.

Uchikake japonais du XIXe siècle conservé au Musée national de Tokyo
Objet de comparaison

Une robe conçue pour être vue

Cet uchikake du XIXe siècle conservé au Musée national de Tokyo n’est pas le vêtement exact de Camille. Il montre cependant la logique d’une robe de dessus à longues manches, couverte de motifs et destinée à produire une forte présence visuelle.

Chez Monet, les plis ne masquent pas le décor brodé : ils le mettent en mouvement. Le guerrier placé dans le dos semble se retourner avec Camille, tandis que les feuilles et les ornements conduisent le regard sur toute la hauteur du corps.

  • Rouge : masse dominante et contraste avec le mur bleu-vert.
  • Broderies : relief pictural rendu par des touches épaisses et variées.
  • Traîne : base élargie qui donne au portrait une stabilité monumentale.
  • Précaution : l’œuvre construit un imaginaire parisien du Japon, pas une description fiable de la manière de porter le vêtement.

Les éventails

Des objets décoratifs qui changent l’espace

Les uchiwa du fond ne forment pas une collection classée. Dispersés autour de Camille, ils se comportent comme des fragments d’images et rendent le mur plus plat, plus rythmé et plus instable.

Estampe japonaise en forme d’éventail par Utagawa Hiroshige

Quand l’estampe devient éventail

Des artistes japonais produisaient des estampes spécialement découpées pour être montées sur des éventails plats. Cette œuvre en forme d’uchiwa de Hiroshige rappelle que les objets accrochés par Monet pouvaient être à la fois images, accessoires et biens de consommation.

Leur diffusion en France a favorisé de nouvelles manières de cadrer : diagonales abruptes, surfaces interrompues, motifs partiellement coupés et couleurs franches. Monet utilise ici l’objet lui-même comme décor avant d’intégrer plus durablement certains principes de l’estampe à ses paysages.

Le fond n’est pas vide : il regarde Camille autant que le spectateur la regarde.

Paris et le japonisme

Fascination artistique, mode commerciale et regard occidental

L’ouverture forcée des ports japonais au commerce international en 1853–1854 puis l’Exposition universelle de 1867 accélèrent l’arrivée en Europe d’estampes, textiles, porcelaines et éventails. Le mot « japonisme » se diffuse au début des années 1870.

Une révolution visuelle

Les artistes admirent les aplats de couleur, les lignes fortes, les points de vue élevés et les cadrages inattendus des estampes. Ces solutions aident à sortir des compositions académiques.

Une mode parisienne

Le Japon devient aussi un argument de vente. Boutiques, salons et intérieurs accumulent des objets dont le contexte d’origine est souvent peu compris.

Une lecture actuelle

Admirer l’audace picturale n’oblige pas à ignorer l’appropriation. Le tableau révèle autant le talent de Monet que les fantasmes de la France du XIXe siècle sur le Japon.

Conservation · 2013–2014

Pourquoi le tableau a-t-il été restauré ?

Après de longues périodes d’exposition, le MFA a entrepris une restauration publique. L’objectif n’était pas de rendre les couleurs artificiellement neuves, mais de stabiliser la matière et de retirer des couches qui brouillaient la surface.

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Examiner

Les restaurateurs ont étudié les dossiers anciens, les craquelures, les vernis et le doublage à la cire-résine réalisé en 1972.

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Nettoyer

Un revêtement synthétique, des restes de vernis naturel et des dépôts de cire créaient des zones alternativement brillantes et mates.

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Stabiliser

Les peintures rouges, bleu foncé et marron étaient particulièrement fragiles. Le traitement a progressé par petites zones sous grossissement.

Questions fréquentes

La Japonaise en 10 réponses

Qui est la femme dans La Japonaise ?

Il s’agit de Camille Doncieux, première épouse et modèle régulier de Claude Monet.

Quand Monet peint-il La Japonaise ?

Le tableau est daté de 1876 et présenté la même année à la deuxième exposition du groupe impressionniste.

Quel était le titre original du tableau ?

Monet l’expose sous le titre Japonerie. Le titre La Japonaise s’est imposé par la suite.

Pourquoi Camille porte-t-elle une perruque blonde ?

La perruque insiste sur son identité occidentale. Elle montre que la scène représente une Parisienne déguisée, et non une femme japonaise.

Le vêtement est-il un véritable kimono ?

Il s’agit d’un costume japonais spectaculaire, proche d’une robe de dessus de type uchikake. Le MFA indique que Monet possédait plusieurs costumes théâtraux japonais.

Combien d’éventails voit-on dans le tableau ?

Le MFA en compte seize sur le mur, auxquels s’ajoute l’éventail pliant tenu par Camille.

Que signifie l’éventail bleu, blanc et rouge ?

Ses couleurs rappellent le drapeau français. Elles renforcent l’idée que Camille demeure une Parisienne malgré son costume.

Où se trouve La Japonaise aujourd’hui ?

Le tableau appartient au Museum of Fine Arts de Boston, qui l’a acquis en 1956.

Pourquoi cette œuvre est-elle liée au japonisme ?

Elle utilise des textiles et éventails japonais tout en répondant à la vogue parisienne pour les arts du Japon dans les années 1860 et 1870.

Le tableau est-il une célébration ou une caricature ?

Les deux lectures peuvent coexister. L’œuvre admire la couleur et les objets japonais, tout en théâtralisant et commercialisant une image occidentale du Japon.

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