Saint-Rémy · décembre 1889 · F 737 / JH 1862
Champ clos au soleil levant : Van Gogh regarde le jour recommencer derrière un mur
Un champ presque vide, quelques sillons, un mur bas et un soleil pâle. Van Gogh transforme la vue répétée depuis Saint‑Paul‑de‑Mausole en l’une de ses peintures les plus calmes : non pas une fuite, mais un recommencement.

La réponse courte
Un paysage de décembre 1889, peint depuis le même monde clos observé toute l’année
La toile appartient à la grande suite des champs vus derrière l’asile de Saint‑Rémy. Elle est aujourd’hui en collection privée et ne doit pas être confondue avec une version printanière conservée au Kröller‑Müller Museum.
Ce que l’on voit
Le premier plan est entièrement occupé par une terre labourée où pointe un jeune blé jaune‑vert. Des sillons sinueux partent du bord inférieur, se resserrent et montent vers un mur de pierre. Derrière cette limite apparaissent quelques maisons, des arbres, une bande de collines violettes et, presque au centre, un soleil clair dans un ciel citron et rose.
Le tableau ne raconte aucune action. Il n’y a ni semeur, ni faucheur, ni promeneur. Pourtant tout bouge : les sillons ondulent, les touches se répondent, la lumière monte. Van Gogh ne peint pas un champ abandonné mais une terre qui recommence à produire.
Dans une lettre à sa sœur Willemien des 9 ou 10 décembre 1889, l’artiste décrit précisément cette toile et la qualifie, avec le verger en fleurs, de « chose la plus douce » qu’il ait peinte. Cette phrase doit guider la lecture davantage que les interprétations tragiques plaquées après sa mort.
Regarder lentement
Le mur ferme l’espace, mais le soleil rouvre le temps
La composition repose sur une contradiction simple : la vue est matériellement limitée, tandis que les lignes et la couleur donnent au paysage une énergie sans fin.

Entrer par la terre
Le bord inférieur est presque tactile. Les touches roses, violettes, ocre et vertes donnent au sol l’épaisseur d’une matière travaillée.
Suivre les sillons
Les lignes ne convergent pas avec une régularité académique. Elles ondulent, se croisent et accélèrent le regard vers le fond.
Heurter le mur
La pierre forme une bande claire. Elle arrête physiquement le champ, mais sert aussi de charnière entre le proche et le lointain.
Relever les yeux
Collines et soleil occupent peu d’espace. Leur calme répond à l’agitation du sol sans l’annuler.
Quatre plans
De la motte de terre au disque solaire
La profondeur ne vient pas d’un dessin géométrique parfait. Elle naît d’une succession de rythmes, de densités et de températures colorées.
Le sol rose et violet
Van Gogh ne peint pas la terre en brun. Il la construit comme une surface colorée où les touches violettes donnent de l’ombre et les roses une chaleur inattendue.
Le jeune blé jaune‑vert
Les pousses ponctuent les sillons. Elles n’ont pas encore la masse dorée de la moisson : le sujet est précisément la reprise de la croissance.
Le mur et les collines
Le mur beige coupe le champ. Au‑delà, les reliefs violets reprennent les courbes des sillons et empêchent la coupure de devenir rigide.
Le ciel citron et rose
Le soleil n’éblouit pas. Disque pâle dans une lumière mate, il donne au matin une qualité tendre plutôt qu’héroïque.

Les sillons comme écriture
La ligne épaisse ne décrit pas seulement la forme du terrain : elle rend le geste du labour et conduit physiquement l’œil.

La germination
Les petites touches jaune‑vert ne remplissent pas encore le champ. Elles font sentir l’instant fragile où la terre devient culture.

Le mur habité
Quelques silhouettes de bâtiments et d’arbres dépassent. La limite n’est donc pas un vide absolu : un monde continue derrière elle.

Un soleil presque silencieux
Petit, clair et sans rayons spectaculaires, il agit par sa position et par la température du ciel.
La palette décrite par Vincent
Rose, violet, jaune‑vert, citron : un matin peint sans bleu dominant
La meilleure analyse colorée est celle de Van Gogh lui‑même. Dans sa lettre à Willemien, il donne presque la recette visuelle de la toile.
« La terre est rose et violette, marbrée par le jaune‑vert du blé. »
Une harmonie de faible contraste lumineux
La palette n’oppose pas violemment le soleil au paysage. Les valeurs restent proches, mais les teintes se distinguent : terre rose, ombres violettes, pousses vertes, collines mauves, ciel citron. Le tableau semble éclairé de l’intérieur.
Cette douceur n’est pas mollesse. Les complémentaires se frottent : violet contre jaune, rose contre vert. Van Gogh réduit leur saturation afin que la tension colorée demeure contenue, comme un matin froid qui gagne peu à peu en chaleur.
Deux lettres, deux moments
En mai, Van Gogh découvre la vue ; en décembre, il en fait sa toile la plus douce
Les lettres empêchent de réduire l’image à une projection psychologique. Elles donnent le point de vue, la saison, les couleurs et la destination du tableau.

23 mai 1889 : la vue derrière les barreaux
À peine installé à Saint‑Paul‑de‑Mausole, Van Gogh écrit à Théo qu’il distingue, par la fenêtre munie de barreaux, un carré de blé dans une enceinte. Il compare la perspective aux paysages de Jan van Goyen et note qu’il voit chaque matin le soleil s’y lever « dans toute sa gloire ».
9–10 décembre : la toile en cours
À Willemien, il annonce un « champ de jeune blé au soleil levant » destiné à l’exposition bruxelloise. Il décrit les lignes fuyantes des sillons, les collines pourpres, la terre rose et violette, le blé jaune‑vert, puis le ciel citron et rose.
Le détail essentiel est affectif : il juge cette œuvre, avec un verger en fleurs, comme la plus douce qu’il ait peinte. Le lever du jour n’est donc pas seulement un phénomène atmosphérique. C’est une manière de faire coexister fragilité et continuité.
Ne pas les confondre
Deux champs clos, deux saisons, deux numéros
Le tableau demandé est F 737, peint en fin d’année. La toile F 720 du Kröller‑Müller Museum montre le même motif à la fin du printemps.

Fin mai 1889 : le champ vert
Le blé est déjà dense, avec des coquelicots et des marguerites au premier plan. Le mur monte fortement vers la droite. Selon le Kröller‑Müller Museum, cette inclinaison et le changement de point de vue rendent la profondeur particulièrement dynamique.
- Référence
- F 720 / JH 1728
- Dimensions
- 73 × 92 cm
- Collection
- Kröller‑Müller
- Inventaire
- KM 106.596

Décembre 1889 : le jeune blé
La terre reprend le premier rôle. Les pousses sont rares, le ciel pâle et le mur plus stable. La vigueur des sillons est compensée par une harmonie rose, violette et citron que Van Gogh qualifie de douce.
- Référence
- F 737 / JH 1862
- Dimensions
- 71 × 90,5 cm
- Collection
- Privée
- Exposition
- Les XX, 1890
Un motif pendant douze mois
Le même champ sous le soleil, la pluie, la moisson et la lune
De mai 1889 à mai 1890, le champ derrière Saint‑Paul devient un instrument de mesure du temps. Le mur demeure ; tout le reste change.

Champ clos au soleil levant
Le vert du blé, les fleurs du premier plan et le mur oblique fixent le premier état du motif vu depuis la chambre.
Notice du musée →
Champ avec faucheur et soleil
Le champ est devenu jaune. La figure minuscule du faucheur inscrit le travail humain et le cycle de la récolte dans la même enceinte.
Explorer Saint‑Rémy →
Gerbes et lune montante
Au soleil levant répond une lune montante. Le champ devient une horloge cosmique.
Voir les nuits →
Champ sous la pluie
Les diagonales de pluie couvrent le même terrain comme un voile, dans un dialogue assumé avec l’estampe japonaise.
Voir les paysages →
Derrière l’hôpital
Une petite toile resserre le motif sur le terrain, les bâtiments et la masse bleue des Alpilles.
Voir la période →Les XX · Bruxelles
En janvier 1890, ce lever de soleil entre dans l’espace public
Van Gogh n’a pas gardé la toile comme journal intime. Il l’a sélectionnée parmi six œuvres pour la septième exposition du groupe d’avant‑garde Les XX.
Palais des Beaux‑Arts, Bruxelles
Invité aux côtés notamment de Cézanne, Renoir, Signac, Sisley et Toulouse‑Lautrec, Van Gogh présente six tableaux. Le catalogue désigne celui-ci comme « Champ de blé ; soleil levant (Saint‑Rémy) ».
Tournesols
Deux versions du vase jaune, affirmation éclatante de sa peinture d’Arles.
La Vigne rouge
Le paysage d’automne devient un réseau de rouges, jaunes et bleus.
Le Lierre
Une vue serrée du jardin de l’asile, presque sans ciel.
Verger en fleurs
La douceur printanière d’Arles, que Vincent rapproche du champ au matin.
Champ au soleil levant
Le jeune blé de Saint‑Rémy, présenté comme une peinture accomplie.
Une déclaration d’ensemble
Fleurs, vigne, jardin, verger et champ composent une vision de la nature en cycle.

Les Tournesols
Le jaune d’Arles face au jaune pâle du lever de soleil.
Voir l’œuvre →
La Vigne rouge
Une autre terre travaillée, embrasée par le soir.
Voir l’œuvre →
Verger en fleur
L’autre peinture que Vincent range parmi ses plus douces.
Explorer Arles →
Champ au soleil levant
La toile analysée, exposée quelques semaines après sa création.
Voir la reproduction →Lieu réel et localisation
Le motif existe encore, mais la toile principale voyage rarement
Le site de Saint‑Paul‑de‑Mausole permet de comprendre la proximité du mur, du jardin et des Alpilles. Pour voir un champ clos au soleil levant en musée, la version de mai à Otterlo est le repère le plus sûr.

Un paysage proche, répété, transformé
Van Gogh dispose d’une chambre et d’une pièce pour travailler. De sa fenêtre, il voit le champ ceint d’un mur. Lorsqu’il peut sortir, le jardin, les oliveraies, les cyprès et les reliefs voisins élargissent son territoire.
Le lieu réel ne livre pourtant pas une reconstitution parfaite. Les bâtiments ont changé, la végétation pousse et la position précise du peintre varie selon les œuvres. L’intérêt de la visite est de saisir les distances : le champ n’était pas un vaste horizon ouvert, mais une parcelle proche cadrée par l’architecture.
La toile de décembre
Elle appartient à une collection privée. Sa présence dans une exposition dépend donc des prêts. Il faut vérifier l’agenda de l’institution organisatrice avant tout déplacement.
Voir la reproduction →La toile de mai à Otterlo
Le Kröller‑Müller Museum conserve la version printanière. Sa notice indique actuellement qu’elle est visible, mais les accrochages peuvent changer.
Consulter le musée →Échos visuels
Du soleil de Saint‑Rémy aux derniers champs d’Auvers
Ces œuvres prolongent les grands thèmes du tableau : lumière cyclique, terre travaillée, nature vue comme énergie et non comme décor.

La Nuit étoilée
Une autre vue orientée depuis l’asile, reconstruite par la mémoire.
Voir l’œuvre →
Oliviers et Alpilles
Le rythme des branches répond à celui des sillons.
Voir l’œuvre →
Amandier en fleurs
Le recommencement devient ici floraison et cadeau de naissance.
Voir l’œuvre →
Champ de blé aux corbeaux
Une autre route dans le blé, plus large et plus sombre, sans être son dernier tableau certain.
Voir l’œuvre →Collections de la boutique
Explorer Van Gogh par lieux, lumière et motifs
Le champ clos prend tout son sens au milieu des œuvres de Saint‑Rémy et des paysages où Van Gogh suit le cycle du jour.
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Questions fréquentes
Tout comprendre sur Champ clos au soleil levant
Quand Van Gogh a‑t‑il peint Champ clos au soleil levant ?
La version F 737 / JH 1862 a été peinte à Saint‑Rémy en novembre–décembre 1889. Van Gogh la décrit comme une œuvre en cours dans une lettre à sa sœur Willemien des 9 ou 10 décembre.
Où se trouve le tableau aujourd’hui ?
La toile de décembre 1889 appartient à une collection privée. Elle peut être prêtée ponctuellement à des expositions, mais elle n’est pas visible en permanence dans un musée public.
Quelles sont ses dimensions ?
La peinture mesure 71 × 90,5 cm. C’est une huile sur toile de format horizontal, répertoriée F 737 dans le catalogue de la Faille et JH 1862 dans celui de Hulsker.
Pourquoi existe‑t‑il deux tableaux au titre presque identique ?
Van Gogh peint le même champ clos à plusieurs saisons. La version F 720 du Kröller‑Müller Museum date de fin mai 1889 ; F 737, analysée ici, date de décembre et montre un jeune blé dans une terre labourée.
Van Gogh voyait‑il ce champ depuis sa chambre ?
Oui. Dans la lettre 776 de mai 1889, il décrit par sa fenêtre munie de barreaux un carré de blé entouré d’un mur, au-dessus duquel le soleil se lève le matin.
Que symbolise le mur ?
Le mur est d’abord une donnée réelle du terrain. Il peut évoquer l’enfermement, mais Van Gogh ne lui attribue pas explicitement ce sens. Dans sa propre description, il met surtout en avant la croissance, les couleurs et la douceur.
Pourquoi les sillons occupent‑ils autant de place ?
Leurs lignes fuyantes organisent la profondeur et rendent visible le travail du sol. Van Gogh écrit lui-même qu’elles montent haut dans la toile vers les collines pourpres.
Quelles couleurs Van Gogh utilise‑t‑il ?
Il décrit une terre rose et violette marbrée par le jaune‑vert du blé, des collines pourpres et un ciel pâle jaune citron et rose. Cette palette produit une lumière douce sans fort contraste de valeurs.
Le tableau représente‑t‑il le printemps ?
Non pour la version F 737 : elle est peinte en décembre et montre du jeune blé. La confusion vient de F 720, réalisée fin mai, où le champ vert porte déjà coquelicots et marguerites.
Le tableau a‑t‑il été exposé du vivant de Van Gogh ?
Oui. Il figure parmi les six peintures présentées par Van Gogh à l’exposition des XX à Bruxelles, du 18 janvier au 23 février 1890, sous le titre « Champ de blé ; soleil levant (Saint‑Rémy) ».
Van Gogh aimait‑il particulièrement cette peinture ?
Sa lettre à Willemien indique qu’il la considérait, avec un verger en fleurs, comme la chose la plus douce qu’il ait peinte. C’est l’un des rares jugements directs de l’artiste sur l’effet émotionnel d’une toile précise.
Où voir une version du champ clos en musée ?
Le Kröller‑Müller Museum à Otterlo conserve la version de fin mai 1889, F 720 / JH 1728. Il faut toujours vérifier l’accrochage en cours sur le site du musée avant la visite.
Sources
Documents utilisés pour identifier et lire l’œuvre
La chronologie et les couleurs reposent d’abord sur les lettres de Van Gogh et les notices des institutions.
À Willemien, décembre 1889
Description des sillons, de la palette, de la douceur et du projet pour Bruxelles.
Lettre 776À Théo, mai 1889
La fenêtre barrée, le carré de blé clos et le soleil levant.
ExpositionLes XX, Bruxelles
Dates, six œuvres exposées et titre du champ de Saint‑Rémy.
Version de maiKröller‑Müller Museum
Dimensions, inventaire, contexte, fleurs et construction de la profondeur.
CatalogueVan Gogh Worldwide
Données de référence pour F 720 et sa place dans le corpus.
Image et noticeWikimedia Commons
Dimensions, références F 737 / JH 1862 et image sous licence CC0.
ContexteVan Gogh Museum
Textes de galerie sur Saint‑Rémy, le champ clos et la série du faucheur.
LieuVan Gogh Route
Repères géographiques autour du champ vu depuis Saint‑Paul.
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