Renoir · modèles, familles et visages de la modernité

Les portraits de Renoir : reconnaître les visages derrière la lumière

Actrices, enfants, commanditaires, amis et membres de sa famille : Renoir ne peint jamais un visage seul. Les vêtements, les meubles, les gestes et la couleur racontent aussi une époque.

Ce guide suit l’évolution du portrait de 1860 à 1919, distingue commande mondaine et scène intime, identifie les modèles essentiels et explique comment regarder la peau, le regard, la pose et la touche.

Madame Georges Charpentier et ses enfants par Pierre-Auguste Renoir, 1878
Madame Georges Charpentier et ses enfants, 1878 : portrait de famille, manifeste décoratif et succès du Salon de 1879.
60 ansde portraits, des années 1860 à 1919
1874La Loge, première exposition impressionniste
1878portrait de la famille Charpentier
1887Julie Manet, période ingresque

Sélection de la boutique

La collection Portraits de Renoir : des visages célèbres à retrouver en reproduction

Entrer dans l’univers de Renoir par ses modèles

Jeanne Samary, Julie Manet, la famille Charpentier ou les enfants peints au jardin montrent toute l’étendue de son art du portrait. La sélection réunit les œuvres où la lumière, le costume et le décor donnent au modèle une présence immédiatement reconnaissable.

Parcourez d’abord toute la collection Pierre-Auguste Renoir, puis affinez votre recherche grâce aux collections consacrées aux portraits et aux portraits de femmes. Vous pourrez comparer les formats, les palettes et les atmosphères avant de choisir l’œuvre adaptée à votre intérieur.

La lecture juste

Chez Renoir, le portrait est une rencontre entre ressemblance, présence et peinture

Réduire Renoir à un peintre de « jolies femmes » empêche de comprendre la diversité de ses portraits. Il peint des commanditaires fortunés, des artistes, des écrivains, des enfants, des amis, ses compagnes et ses fils. Certains tableaux répondent aux attentes sociales d’une commande ; d’autres transforment un proche en figure de la vie moderne ou en image familiale.

La ressemblance compte, mais elle n’est jamais le seul objectif. Renoir observe la façon dont une personne occupe un fauteuil, tient un éventail, regarde la salle d’un théâtre ou se penche vers un enfant. Le vêtement et le décor deviennent des extensions de l’identité. Dans Madame Charpentier et ses enfants, la robe de Worth, le mobilier, le chien et les objets japonisants disent autant le statut de la famille que les visages.

Sa technique évolue profondément. La touche libre et les effets de lumière des années impressionnistes ne ressemblent pas à la surface plus dessinée, presque émaillée, du portrait de Julie Manet en 1887. Les œuvres tardives épaississent de nouveau la matière et adoucissent les contours. Il n’existe donc pas une recette unique du « portrait Renoir ».

Idée centrale : un portrait de Renoir est réussi lorsque le modèle reste singulier tout en devenant un monde de couleurs, de matières et de relations.

Carte d’entrée

Huit portraits pour parcourir toute une carrière

Œuvre Date Type de portrait Clé de lecture
Lise à l’ombrelle 1867 Modèle de jeunesse en plein air La figure conserve une présence monumentale tandis que le paysage libère la lumière.
La Loge 1874 Portrait mis en scène / vie moderne Nini Lopez et Edmond Renoir jouent un couple élégant dans le théâtre social.
Portrait de Jeanne Samary 1877 Actrice, portrait rapproché Le visage émerge d’une atmosphère rose et verte plutôt que d’un contour dur.
Madame Charpentier et ses enfants 1878 Commande familiale Un intérieur moderne devient le cadre monumental d’un statut social.
La Petite Fille à l’arrosoir 1876 Enfant dans un jardin La tenue bleue et les fleurs construisent une image claire sans effacer la gravité du regard.
Julie Manet ou L’Enfant au chat 1887 Portrait d’enfant commandé par des amis Dessin plus ferme, tons acidulés et surface presque émaillée.
Gabrielle et Jean 1895–1896 Intimité familiale Le jeu partagé remplace la pose officielle et relie les deux figures.
Autoportrait plusieurs dates Image de l’artiste Renoir construit aussi sa propre présence, de l’homme moderne au maître âgé.
01

Identifier

Qui est le modèle, quel est son lien avec Renoir et le tableau est-il une commande ?

02

Observer

Pose, regard, mains, costume, accessoires et décor organisent la présence.

03

Dater

La ligne, la matière et la palette changent fortement selon la période.

Les années Lise Tréhot

Dans les années 1860, le modèle de jeunesse devient le laboratoire de la figure en plein air

La Petite Fille à l’arrosoir de Pierre-Auguste Renoir
Le jardin permet à Renoir d’associer la présence humaine à une lumière claire et mobile.

Un visage répété n’est jamais tout à fait le même personnage

Lise Tréhot est la compagne et le principal modèle de Renoir pendant une partie décisive de sa jeunesse. Elle apparaît dans des compositions très différentes : femme élégante, figure en costume, baigneuse ou présence monumentale sous une ombrelle. Le peintre apprend avec elle à transformer une personne connue en rôle pictural.

Ces œuvres précèdent ou accompagnent la naissance de l’impressionnisme. La construction reste souvent solide, héritée de Courbet, Manet et des maîtres du Louvre. Mais le plein air modifie déjà la couleur : les ombres s’ouvrent, les blancs reflètent le paysage et le visage n’est plus isolé sur un fond neutre d’atelier.

Il faut distinguer identité et personnage. Même lorsque Lise pose, le titre peut ne pas la nommer. Renoir utilise son apparence pour explorer un type, un costume ou une situation. L’histoire de l’art a longtemps rendu ces modèles invisibles derrière le seul nom du peintre ; les identifier permet de restituer une part de la collaboration.

Cette période montre aussi que le portrait chez Renoir ne suit pas une progression simple vers toujours plus de liberté. Dès le début, il alterne précision et suggestion selon l’effet recherché. Certains visages sont établis avec fermeté, tandis que la robe ou le feuillage se dissolvent en touches plus ouvertes.

modèleplein aircostumeressemblancerôle pictural

Le portrait comme spectacle

Dans La Loge, Renoir peint des modèles qui jouent un couple observé par toute la salle

La Loge de Pierre-Auguste Renoir, 1874
La Loge, 1874, The Courtauld : Nini Lopez et Edmond Renoir posent dans l’atelier.

Le portrait moderne n’a pas besoin d’être biographique

Renoir présente La Loge à la première exposition impressionniste de 1874. Le tableau semble montrer un couple de la haute société au théâtre, mais les modèles sont Nini Lopez, professionnelle de Montmartre, et Edmond Renoir, frère de l’artiste. La scène est soigneusement montée dans l’atelier.

Cette distance entre modèles réels et personnages représentés est essentielle. Renoir ne livre pas le portrait officiel de Monsieur et Madame X. Il construit un couple crédible à partir de vêtements, d’accessoires et de gestes. Le tableau appartient à la fois au portrait et à la scène de genre.

Le jeu des regards en est le sujet. La femme a baissé ses jumelles et devient visible aux autres spectateurs. L’homme lève les siennes vers une autre loge. Le spectacle se trouve autant dans la salle que sur la scène invisible. La loge est un dispositif social où l’on vient voir et être vu.

La composition serrée, presque photographique, rapproche les figures. Le noir et le blanc dominent, mais la robe, les fleurs, le visage poudré et les reflets du théâtre introduisent une grande variété de tons. Renoir prouve qu’une palette limitée peut devenir somptueuse par les relations de matière.

Ce tableau invite aussi à une lecture critique des rôles de genre. La femme est offerte au regard tandis que l’homme exerce le sien. Le Courtauld souligne que cette mise en scène devait provoquer le commentaire des visiteurs de 1874.

Clé : ce n’est pas parce qu’une figure ressemble à un portrait qu’elle représente socialement la personne qui a posé.

Le réseau des commanditaires

Le portrait mondain donne à Renoir des revenus, des relations et une reconnaissance officielle

Dans les années 1870 et 1880, Renoir ne vit pas seulement des expositions impressionnistes. Les commandes de portraits jouent un rôle économique et social majeur. Elles le font entrer dans des intérieurs bourgeois, rencontrer des éditeurs, des collectionneurs et des familles influentes.

Une commande impose des attentes : ressemblance, élégance, lisibilité du rang et satisfaction du client. Renoir doit négocier entre ces demandes et sa recherche picturale. Il ne peut pas traiter une robe de Worth, un salon japonisant ou un visage connu comme un simple prétexte de couleur.

La réussite dépend souvent du décor. Un rideau, un meuble ou un papier peint ne sont pas des remplissages. Ils situent le modèle dans un monde matériel et indiquent son goût. Les objets étrangers, les textiles luxueux et les livres peuvent devenir des signes de modernité culturelle.

Le portrait permet aussi à Renoir de revenir au Salon sans renoncer entièrement à son identité impressionniste. En 1879, il choisit de ne pas participer à la quatrième exposition du groupe et présente au Salon Madame Charpentier et ses enfants, accueilli favorablement. Cette stratégie élargit sa clientèle.

Il serait pourtant faux d’opposer mécaniquement commandes rigides et œuvres libres. Certains portraits commandés comptent parmi ses compositions les plus ambitieuses. La contrainte oblige Renoir à inventer une structure capable de porter à la fois la famille, l’intérieur et la peinture.

À observer : demandez toujours qui commande le tableau, où il devait être accroché et quelle image sociale le modèle souhaitait projeter.

Une famille, un salon, une époque

Madame Charpentier et ses enfants est autant un portrait qu’une architecture de signes

Madame Charpentier et ses enfants de Renoir
Marguerite Charpentier, Georgette, Paul-Émile-Charles et le chien familial dans le salon parisien.

Pourquoi croit-on voir deux filles ?

Le Metropolitan Museum identifie précisément les modèles : Marguerite-Louise Lemonnier, épouse de l’éditeur Georges Charpentier, sa fille Georgette-Berthe et son fils Paul-Émile-Charles. Le garçon a trois ans. Selon la mode de l’époque, ses cheveux n’ont pas encore été coupés et ses vêtements ressemblent à ceux de sa sœur. Les catégories visuelles contemporaines peuvent donc tromper.

La robe noire de Madame Charpentier, créée par Charles Frederick Worth, forme une masse centrale imposante. Renoir l’anime par les reflets, les plis, la dentelle et la relation avec le mobilier. Le noir n’est jamais vide : il absorbe le décor tout en donnant au visage et aux mains une clarté particulière.

Les enfants ne sont pas alignés comme dans une photographie scolaire. Paul se tient près de sa mère ; Georgette s’installe sur le grand chien. Cette asymétrie apporte de la vie et évite la rigidité du portrait officiel. Les gestes relient la famille sans imposer une affection théâtrale.

Le salon japonisant participe pleinement au sens. Panneaux, mobilier, céramique et textiles témoignent du goût moderne des Charpentier. La composition met en scène une famille autant qu’un milieu culturel où circulent écrivains, artistes et objets venus d’ailleurs.

Le grand format, 153,7 × 190,2 cm, donne au groupe une ampleur presque historique. Renoir ne diminue pas l’ambition parce que le sujet est domestique. Il fait de l’intérieur contemporain un théâtre de la représentation sociale.

La réussite du tableau vient de l’équilibre entre intimité apparente et extraordinaire contrôle de chaque signe de statut.

Lecture du portrait

L’actrice et ses multiples visages

Jeanne Samary permet à Renoir d’explorer le portrait entre personne, rôle public et apparition colorée

Peindre l’enfance sans récit compliqué

Les enfants de Renoir sont présents par un geste, un objet, un animal ou une attention absorbée

La Petite Fille à l’arrosoir de Renoir
La fillette regarde avec sérieux tandis que robe, fleurs et arrosoir construisent un monde clair autour d’elle.

Un portrait d’enfant ne se réduit pas à la tendresse

Renoir excelle dans les représentations d’enfants, mais leur charme ne doit pas masquer la construction. Dans La Petite Fille à l’arrosoir, le bleu de la robe dialogue avec le jardin. L’arrosoir situe une activité, tandis que le regard direct donne à la figure une autonomie qui dépasse l’anecdote.

Les enfants posent difficilement longtemps. Le peintre doit saisir une attitude puis la reconstruire. Jouets, animaux et accessoires peuvent stabiliser l’attention du modèle et enrichir la composition. Ils ne sont pas seulement décoratifs : ils indiquent une relation au monde.

Les vêtements demandent aussi une lecture historique. Les codes de genre du XIXe siècle ne correspondent pas exactement aux nôtres. Paul Charpentier, cheveux longs et tenue proche de celle de sa sœur, est un garçon de trois ans. Lire le costume sans contexte produit des identifications erronées.

Renoir arrondit souvent les joues, adoucit les transitions et favorise les couleurs claires. Cette esthétique a contribué à son immense popularité. Elle peut sembler sentimentale à certains regards contemporains, mais les meilleurs portraits conservent une véritable concentration psychologique.

La place de l’enfant change selon le tableau. Il peut être commanditaire indirect dans un portrait familial, modèle indépendant, membre de la famille Renoir ou figure plus générale de l’enfance. Le lien avec l’artiste détermine la manière dont on interprète l’intimité de la scène.

regardjeuanimalvêtementattention

Aline, Gabrielle, Pierre, Jean et Claude

À partir des années 1880, la famille devient un atelier quotidien du portrait intime

Gabrielle et Jean Renoir jouant, par Pierre-Auguste Renoir
Enfant avec des jouets : Gabrielle et Jean, 1895–1896, National Gallery of Art.

Le geste partagé remplace la représentation officielle

Aline Charigot, rencontrée autour de 1880 puis épouse de Renoir, apparaît dans de nombreux tableaux avant et après leur mariage. Le peintre représente également leurs fils Pierre, Jean et Claude. La répétition permet de suivre des visages, des corps et des relations à travers les années.

Gabrielle Renard, cousine d’Aline, rejoint la maison et s’occupe des enfants. Elle devient l’un des modèles essentiels de la période tardive. Dans Gabrielle et Jean, elle ne pose pas comme une nourrice anonyme : son geste, son regard et le jeu partagé structurent la scène.

La National Gallery of Art décrit Jean absorbé par les figurines disposées sur la table tandis que Gabrielle tient un jouet. Le tableau associe portrait et activité. Les figures ne regardent pas le spectateur ; leur relation interne suffit à créer la présence.

Cette familiarité ne rend pas l’image transparente. Renoir choisit ce qu’il montre de la vie domestique. L’entourage féminin, qui rend le travail possible et pose régulièrement, a longtemps été résumé au statut de « muse ». Nommer Aline et Gabrielle permet de restituer des biographies et des fonctions concrètes.

Les portraits de famille influencent aussi la mémoire publique de ses fils. Jean Renoir deviendra cinéaste et réfléchira à l’image de son père. Les tableaux forment ainsi les premières archives visuelles d’une famille dont le cinéma prolongera l’autoreprésentation.

Nuance : l’intimité visible est construite. Elle résulte d’un choix de pose, de cadrage et de couleur, même lorsque le modèle appartient à la maison.

Julie Manet, 1887

Le portrait de l’enfant au chat révèle le tournant dessiné et presque émaillé de Renoir

Julie Manet ou L’Enfant au chat par Renoir, 1887
Julie Manet, 1887, 65,5 × 53,5 cm, musée d’Orsay.

Une commande entre artistes et amis

Julie est la fille de Berthe Morisot et d’Eugène Manet, frère d’Édouard Manet. En 1887, le couple commande son portrait à Renoir. Le lien personnel est fort, mais le tableau reste une commande préparée avec soin.

Le musée d’Orsay signale au moins quatre dessins préparatoires. Renoir abandonne une présentation plus frontale et fixe rapidement la pose de trois quarts. Julie se souviendra qu’il peignait « par petits morceaux », contrairement à son habitude.

La surface paraît plus finie que dans les portraits impressionnistes de la décennie précédente. La ligne est plus attentive, les couleurs plus acidulées et la matière presque émaillée. Cette phase souvent qualifiée d’« ingresque » correspond au désir de retrouver le dessin et la solidité de la forme.

Le chat apporte douceur et mouvement sans réduire Julie à un accessoire charmant. La diagonale de l’animal stabilise les bras et donne une relation tactile à la pose. La jeune fille ne sourit pas de manière démonstrative ; son expression conserve une réserve particulière.

Le portrait montre pourquoi les étiquettes de période doivent rester souples. Renoir ne devient pas soudain un autre artiste. Les rondeurs, la couleur et la sensibilité au modèle demeurent, mais la structure se resserre.

Repère : si la surface paraît plus lisse, la ligne plus ferme et les couleurs plus nettes, pensez au tournant ingresque des années 1880 plutôt qu’au seul impressionnisme de 1874.

Quatre manières, une même obsession

La technique change, mais Renoir revient toujours à la peau, au regard et à la présence

Période Traitement Palette Ce qui change dans le portrait
Années 1860 Construction ferme, dialogue avec Courbet et Manet Contrastes plus sombres, blancs puissants Le modèle devient une figure monumentale dans le paysage ou le costume.
Années 1870 Touche visible, contours ouverts, lumière mobile Bleus, roses, verts et noirs colorés Le portrait s’intègre à la vie moderne, au théâtre, au jardin et au salon.
Années 1880 Retour du dessin, surface plus lisse et structurée Tons clairs parfois acidulés La figure acquiert une netteté presque classique sans perdre la sensibilité colorée.
1890–1919 Matière plus nourrie, volumes ronds, contours souples Rouges, ocres, roses nacrés et verts profonds Famille, modèles familiers et nus tendent vers une présence plus intemporelle.

La chair n’est pas une couleur locale

Renoir construit la peau par des passages de rose, jaune, bleu, vert et blanc. La carnation vit parce qu’elle reçoit les couleurs du vêtement, du fond et de la lumière.

La touche doit toujours être observée à deux distances. De près, elle peut sembler fragmentée ou pâteuse. En reculant, les petites différences se fondent en volume et en atmosphère. Une photographie numérique trop accentuée détruit parfois cette transition.

Les yeux ne sont pas nécessairement les éléments les plus détaillés. L’inclinaison de la tête, la ligne des épaules ou la position des mains peuvent transmettre davantage de psychologie que les pupilles. Renoir refuse souvent la précision froide qui isolerait le visage.

La ressemblance elle-même peut être discutée. Julie Manet jugeait son portrait assez ressemblant, tandis que Degas ironisait sur les figures rondes de Renoir. Cette divergence rappelle qu’un portrait est aussi une interprétation stylistique.

Enfin, les œuvres tardives ne doivent pas être décrites comme une simple dégradation due à l’âge. Malgré ses difficultés physiques, Renoir poursuit consciemment une recherche de volume, de matière et de continuité avec la tradition.

Regarder avec admiration et esprit critique

Nommer les modèles change notre compréhension des portraits de femmes et d’enfants

Sortir du mot « muse »

Lise Tréhot, Nini Lopez, Jeanne Samary, Aline Charigot, Gabrielle Renard ou Julie Manet ont des histoires différentes. Les réduire à l’inspiration du peintre efface leur travail, leur métier, leur famille ou leur position sociale.

Les modèles professionnels jouent un rôle actif. Ils tiennent une pose, acceptent une transformation en personnage et contribuent à la cohérence du tableau. Une actrice comme Jeanne Samary apporte en plus une image publique déjà construite par le théâtre.

Les commanditaires disposent d’un autre pouvoir. Madame Charpentier et son mari choisissent Renoir, ouvrent leur intérieur et attendent une représentation conforme à leur statut. La robe, le décor et les enfants négocient cette image familiale.

Le regard contemporain peut aussi interroger la répétition de certains types féminins, la sensualisation des corps ou la distribution des rôles entre celui qui observe et celle qui est observée. La Loge rend ce mécanisme presque visible grâce aux jumelles du personnage masculin.

Cette lecture critique ne demande pas de rejeter la peinture. Elle enrichit l’admiration en distinguant virtuosité colorée, contexte social et rapports de pouvoir. Les œuvres les plus durables supportent plusieurs questions à la fois.

Pour les enfants, il faut éviter la projection sentimentale. Un visage rond, une robe claire ou un animal ne suffisent pas à résumer le tableau. Le sérieux de Julie, l’attention de Jean ou le regard de la fillette à l’arrosoir donnent à chacun une présence propre.

Bonne pratique : dans une légende, indiquez le nom complet du modèle lorsqu’il est connu, son lien avec l’artiste et le musée qui conserve l’œuvre.

Reproduction et décoration

Choisir un portrait pour sa présence, son format et la distance qu’il crée dans la pièce

Un visage modifie immédiatement l’atmosphère

Contrairement à un paysage, un portrait introduit une personne imaginaire dans l’espace. Son regard, sa taille et son orientation doivent être pensés par rapport au passage et au mobilier.

Les formats verticaux comme La Loge, Julie Manet ou La Petite Fille à l’arrosoir conviennent à une entrée, une bibliothèque ou un pan de mur étroit. Le grand portrait horizontal des Charpentier demande un salon ou une salle à manger avec davantage de recul.

La fidélité des carnations est prioritaire. Une peau trop rose, un fond trop saturé ou des ombres grises détruisent l’équilibre de Renoir. Comparez la reproduction à une image officielle de musée et contrôlez les passages entre tons chauds et froids.

La touche doit varier. Les yeux et la bouche ne doivent pas devenir graphiques si l’original les suggère. Le vêtement, le fond et le visage ont des degrés de précision différents. Une copie uniformément nette perd la respiration du tableau.

Pour un intérieur contemporain, une caisse américaine sombre crée un contraste propre. Un cadre doré patiné convient aux portraits mondains et souligne leur dimension historique. Dans une chambre d’enfant, préférez une présentation sobre qui évite l’effet décor de musée.

Associer deux portraits fonctionne si leurs regards et leurs formats dialoguent. Julie Manet et la fillette à l’arrosoir forment un ensemble d’enfance ; Jeanne Samary et La Loge racontent le théâtre, la mode et la vie publique.

Avant de commander : validez la photo finale en regardant d’abord la carnation et les yeux, puis l’équilibre du fond, du costume et des accessoires.

Collections et sources vérifiées

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Dix réponses précises

Questions fréquentes sur les portraits de Renoir

Quels sont les portraits les plus célèbres de Renoir ?

La Loge, Madame Charpentier et ses enfants, les portraits de Jeanne Samary, Julie Manet, La Petite Fille à l’arrosoir et plusieurs autoportraits comptent parmi les plus connus.

Qui étaient les principaux modèles de Renoir ?

Lise Tréhot, Nini Lopez, Jeanne Samary, Aline Charigot, Gabrielle Renard, Julie Manet et les fils Pierre, Jean et Claude figurent parmi ses modèles réguliers ou essentiels.

Pourquoi le fils de Madame Charpentier ressemble-t-il à une fille ?

Paul-Émile-Charles a trois ans. Selon la mode de l’époque, ses cheveux n’ont pas encore été coupés et sa tenue ressemble à celle de sa sœur Georgette.

La Loge représente-t-elle un vrai couple mondain ?

Non. Renoir met en scène la professionnelle Nini Lopez et son frère Edmond dans l’atelier afin de construire un couple élégant au théâtre.

Qui est Julie Manet ?

La fille de la peintre Berthe Morisot et d’Eugène Manet. Ses parents commandent son portrait à Renoir en 1887.

Comment le style des portraits évolue-t-il ?

La construction ferme des années 1860 s’ouvre à la touche impressionniste dans les années 1870, se resserre autour du dessin dans les années 1880, puis devient plus charnue et souple après 1890.

Renoir peignait-il uniquement des femmes et des enfants ?

Non. Il peint aussi des hommes, des artistes, des écrivains, des collectionneurs et lui-même. Les femmes et les enfants occupent toutefois une place très importante dans son œuvre.

Un portrait de Renoir est-il toujours une commande ?

Non. Certains sont commandés par des familles, d’autres représentent des amis, des modèles professionnels ou des proches sans fonction officielle.

Où voir ces portraits ?

Ils sont dispersés notamment entre le Metropolitan Museum, le musée d’Orsay, The Courtauld, la National Gallery of Art, l’Ermitage et d’autres collections publiques ou privées.

Comment choisir une reproduction de portrait ?

Respectez le cadrage et les proportions, puis contrôlez surtout les carnations, le regard, la variation de la touche et l’équilibre entre le modèle et son fond.

Un visage n’est jamais seul

Chez Renoir, la personne existe par la couleur, mais aussi par les relations qui l’entourent

Une actrice devient apparition, une famille affirme son monde, un enfant tient un chat ou suit un jouet, un frère joue le rôle d’un homme du monde. Le portrait de Renoir ne se contente pas d’enregistrer une ressemblance : il construit la présence avec un décor, un vêtement, une pose et une lumière. C’est cette alliance entre identité réelle et invention picturale qui continue de rendre ses visages si proches.

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